L’avènement de l’intelligence artificielle (IA) et des modèles de langage tels que ChatGPT a suscité de nombreuses questions et inquiétudes dans divers secteurs, y compris celui de l’écriture. Avec sa capacité de générer du texte rapidement, de créer des histoires complexes ou d’écrire des articles sur n’importe quel sujet, l’intelligence artificielle représente une avancée technologique majeure. Mais cette innovation signifie-t-elle que les écrivains sont destinés à être remplacés ? Dans cet article, je vais explorer les capacités actuelles de l’IA, ses progrès rapides et ses limites pour déterminer si les écrivains en chair et en os conserveront une place essentielle dans la création littéraire.
Les capacités de l’IA en matière d’écriture
Jasper, Chatsonic, Frase, Scalenut, Copy ou encore le fameux ChatGPT, développé par OpenAI, ont un point commun : ce sont des IA reconnus dans la rédaction de textes. Toutes ces IA reposent sur des réseaux de neurones avancés capables d’analyser et de produire du texte à partir de vastes ensembles de données, dans le but de rédiger des articles, poèmes, scripts, et histoires. En s’appuyant sur des algorithmes sophistiqués, ces IA génèrent des textes qui respectent la grammaire, la conjugaison, la ponctuation, la logique et même un style ou un ton particulier. Cela leur offre la capacité de produire efficacement des contenus de qualité, intéressants et cohérents.
L’une des principales forces de ChatGPT et consorts est leur capacité à traiter d’énormes quantités d’informations visibles sur Internet en peu de temps. Une sorte de documentaliste puissance 1000. Pour les contenus factuels, ils offrent ainsi des résumés rapides, rédigent des textes argumentés et répondent à des questions complexes. Ses capacités immenses en font un outil attractif pour les entreprises cherchant à automatiser la création de contenu à grande échelle, réduisant ainsi les coûts de production et augmentant leur rentabilité.
Même si ces avancées sont impressionnantes, elles soulèvent des questions légitimes. Si l’IA peut rédiger des textes aussi bien que des humains, qu’en est-il de l’avenir des écrivains professionnels ?
Les limites de l’intelligence artificielle en tant qu’écrivain
C’est vrai, l’intelligence artificielle excelle dans la production rapide de contenus textuels, mais ses limites sont réelles. Premièrement, malgré son apparente compréhension de l’Univers sous toutes ses formes, l’IA ne possède ni conscience, ni véritable intelligence. Ce n’est pas le monstre « Skynet » du film Terminator. Du moins, pas encore. Son modèle repose uniquement sur des corrélations dans les données qu’il a ingérées, mais elle n’a pas la capacité de ressentir des émotions, de comprendre le contexte moral ou encore de créer des expériences authentiques, malgré les milliards de témoignages et récits qu’elle récolte sur Internet. La créativité humaine repose souvent sur des expériences personnelles, émotions, sentiments et sur une perception unique du monde. Les écrivains construisent des récits basés sur leurs interactions avec la réalité, leurs intuitions et leurs réflexions sur la condition humaine. Cela va au-delà des simples connexions logiques entre des données, ce que l’IA, malgré son efficacité, ne peut reproduire de manière authentique. Du moins… pas encore.
Secondo, l’intelligence artificielle peut être biaisée, car elle puise son « inspiration » dans des sources humaines qui peuvent être véritables, objectives, vérifiés, mais aussi fausses, subjectives voire stéréotypées. L’IA ne possède pas encore la capacité d’auto-correction ou d’introspection qui lui permettrait de surmonter cet écueil, contrairement à un auteur humain qui comparera, confrontera et affinera ses sources au fil du temps, tout comme ses idées et son style.
L’essence de la littérature : une œuvre humaine
Vous en conviendrez, la littérature – qu’il s’agisse de romans, de poésie ou d’essais – est bien plus qu’une simple suite de mots. Elle est une expression des sentiments, des pensées profondes et des expériences humaines. Les écrivains puisent souvent dans leur vécu, leur imagination et leurs observations du monde pour créer des histoires qui résonnent profondément avec les lecteurs. Cette essence est quelque chose qu’une intelligence artificielle ne peut pas encore véritablement saisir.
L’écriture est également un processus de réflexion et d’engagement avec des idées complexes. Les œuvres littéraires reflètent les débats philosophiques, enjeux sociopolitiques et dilemmes moraux qui traversent notre société et les époques. Les écrivains ne se contentent pas de décrire des événements ; ils offrent une interprétation du monde, souvent avec une perspective unique qu’ils puissent au plus profond de leur être.
Un modèle d’intelligence artificielle, en revanche, génère du contenu basé sur des modèles préexistants, sans capacité à introduire des concepts réellement nouveaux ou à explorer des dilemmes humains complexes avec la profondeur qu’un écrivain peut apporter. ChatGPT peut par exemple imiter un style ou un ton, mais il ne peut pas comprendre ou anticiper les nuances émotionnelles et les subtilités de la psyché humaine. Du moins… pas encore.
L’IA comme outil pour les écrivains ?
Plutôt que de voir l’IA comme une menace, à l’heure où les romans rédigés par l’IA pullulent sur les plateformes de vente comme Amazon – avec plus ou moins de succès – il est plus constructif de percevoir l’intelligence artificielle comme un outil pratique et puissant pour les écrivains. L’IA peut aider à se documenter rapidement, à générer des idées, à fournir une ébauche de plan ou à créer des fiches de personnages. Dans le cadre du marketing ou du contenu technique, elle peut alléger la charge de travail en rédigeant des textes informatifs, en réalisant des visuels ou en automatisant certaines tâches répétitives.
De nombreux écrivains utilisent aussi l’IA pour dépasser certains blocages créatifs, pour emmagasiner des connaissances ou pour enrichir leur écriture grâce à des suggestions nouvelles. Par exemple, un romancier peut demander à ChatGPT de proposer des scénarios alternatifs pour une intrigue. Oui, oui, ça fonctionne étonnamment bien. On peut même imaginer un journaliste l’utiliser pour obtenir une synthèse d’un sujet complexe en un claquement de doigt.
Ainsi, au lieu de remplacer les écrivains, l’intelligence artificielle doit devenir un facilitateur. Un assistant personnel de luxe – aux honoraires relativement bas – qui les assiste pour leur permettre de se concentrer sur les aspects les plus créatifs et émotionnels de leur travail. L’écrivain reste maître de son art, tandis que l’IA devient un assistant numérique. Cette vision de bisounours est destinée à rassurer les plus craintifs / acariâtres / réticents d’entre nous. Oui, c’est cadeau !
NB : je ne rédige pas ces quelques lignes au futur car ces pratiques font clairement partie du présent. Les plus craintifs / acariâtres / réticents doivent se faire une raison ou se complaire éternellement dans le passé.
Les implications éthiques, professionnelles et humaines
L’un des débats essentiels concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle dans l’écriture est la question de l’éthique et du droit d’auteur. Si l’IA peut générer du texte, qui en détient la paternité ? L’IA ne peut pas être considérée comme l’auteur d’une œuvre, mais alors, qui doit être crédité pour le travail créé ? Ce dilemme est en cours d’élaboration dans le cadre juridique et éthique.
De plus, on peut s’interroger sur l’impact économique que l’IA pourrait avoir sur les écrivains professionnels, en particulier dans les secteurs de l’écriture commerciale ou du journalisme. Si certaines entreprises préfèrent utiliser l’IA pour réduire les coûts de rédaction, cela diminuera mécaniquement les opportunités pour les écrivains de chair et d’os. Cela soulève des questions sur la reconnaissance du travail créatif et sur la valeur que l’on accorde à la production humaine par rapport à celle générée par une machine. C’est un débat socio-philosophique qui intéressera plus les humanistes que les entrepreneurs, mais il mérite d’être mené dès maintenant pour prévenir les enjeux présents et à venir. Nous par exemple, chez youStory, même si nous n’avons aucun ressentiment vis-à-vis de l’intelligence artificielle (il nous arrive de l’utiliser aussi, comme pour la photo illustrant cet article que nous avons généré via Discord, puis retouché sur PAO avant de réduire son poids pour le web), nous préférons faire travailler des humains plutôt que des machines.
Bref, reprenons. Comme expliqué précédemment, le succès d’un livre, d’un article ou d’une œuvre littéraire ne repose pas uniquement sur la qualité technique de l’écriture, mais aussi sur l’authenticité et l’engagement émotionnel que le texte suscite. Car les lecteurs recherchent des histoires et des réflexions qui les touchent personnellement, qui résonnent avec leur propre vie et leurs émotions. Qui leur parlent, quoi ! Ce type de connexion profonde, bien qu’elle puisse être imitée par des IA comme ChatGPT, ne peut être qu’incarné réellement par les auteurs « humains ». C’est ce qui nous différencie, pour l’instant, de la machine. Les écrivains ont la capacité de créer des œuvres qui persistent dans le temps, qui changent la perception du monde ou qui suscitent des mouvements sociaux et politiques. Ce pouvoir de transformation, j’en suis convaincu, peut être atteint uniquement par une réflexion humaine. Ce petit quelque chose en plus, tellement important, ne peut pas être accompli par une IA… pour le moment.
Les écrivains, une espèce en voie d’extinction ?
Même si l’intelligence artificielle fait des avancées impressionnantes dans la production de texte, l’idée qu’elle pourrait remplacer les écrivains me semble, pour l’instant, exagérée. Les capacités de l’IA dans l’écriture sont limitées par leur manque de véritable compréhension, d’émotion et de créativité authentique. Souvent également par manque de style et de ton. Les écrivains « humains », avec leur sens artistique et leur capacité à interpréter, ressentir et imaginer, conservent une place centrale dans le processus de création littéraire.
Essayons donc de prendre un peu de recul pour voir la problématique sous un angle différent : plutôt que de remplacer les écrivains, l’IA ne pourrait-elle pas être vue comme un outil complémentaire, capable d’assister dans certaines tâches et de stimuler l’innovation. Le défi pour l’industrie de l’écriture, dans les années à venir, sera de trouver un équilibre entre l’utilisation de ces technologies et la préservation de l’intégrité et de la valeur de la création humaine. Des initiatives fleurissent pour avancer dans ce sens. Par exemple le label « Création humaine » lancé en 2023, qui permet notamment de vérifier si un livre a été imaginé et réalisé par son auteur sans recours à une IA de type Chatgpt, Midjourney, etc. Fairly Trained a également lancé une certification pour les IA génératives n’utilisant aucune œuvre protégée par le droit d’auteur sans licence, en s’appuyant par exemple sur le principe du « fair use » (utilisation équitable).
Vous n’êtes toujours pas convaincu ? Vous pensez que l’IA supplantera forcément l’écrivain ? Je me souviens lorsque les oiseaux de mauvais augures annonçaient la mort de la radio à cause de l’émergence de la télévision. Je me souviens aussi lorsque les sceptiques annonçaient la mort de la télévision lors de l’arrivée du minitel, heu… pardon, de l’internet. Alors aujourd’hui, vous pensez que l’IA pourrait causer la disparition des écrivains ? Elle fait apparaître une nouvelle forme d’écriture, c’est certain, et fait évoluer les métiers liés à cette industrie/art, mais elle ne fera pas disparaitre l’écrivain. Pour toutes les raisons évoquées précédemment, mais pas seulement.
Lorsque l’IA sera capable, d’elle-même, pour je ne sais quelle raison et dans quel but, de se dire, au plus profond d’elle-même :
« Tiens ! Aujourd’hui je me lance dans l’écriture d’un récit fiction consacré aux Indiens d’Amérique. Mais façon Tarantino, où ce sont eux qui bottent le cul au cow-boys et reprennent possession de leurs terres dans un bain de sang à faire pâlir n’importe quel chirurgien plastique. Pour cela, je vais utiliser un cadre géographique, historique et géopolitique véridique, saupoudré d’un soupçon de fantastique – car oui, les Indiens doivent pouvoir lancer de puissantes boules de feu de type « Kamé Hamé Ha » pour parvenir à expulser les colons de leur territoire sacré. Pour que mon roman soit haletant et agréable à lire, je vais emprunter la plume inimitable de Gabriel Garcia Marquez et le sens du suspense de Maxime Chattam couplé à celui de Bernard Minier. Évidemment, je reverserai une partie de mes royalties à chacun d’entre eux car je respecte les droits d’auteur. Et puis j’en reverserai aussi à une association d’aide aux réserves d’indiens puisque mon œuvre leur est dédiée. »
Si un jour l’IA parvient à prendre ce type d’initiative, d’elle-même, alors c’est vrai, les écrivains auront du souci à se faire.

Je suis en désaccord avec “Lorsque l’IA sera capable, d’elle-même, pour je ne sais quelle raison et dans quel but, de se dire, au plus profond d’elle-même”, le fait qu’un LLM ait besoin d’une consigne (prompt) pour générer du texte est strictement une question de design. On utilise des LLM pour fabriquer des Chat. Mais on peut designer des LLM sans consignes, sans Chat, qui génère ex nihilo du texte sans consigne. Pour les profanes, on peut s’amuser à faire dialoguer deux LLM et les faire tourner en boucle. Le résultat de cette réflexion inter-IA sans intrant humain est souvent très flippant!
Merci pour votre retour, très intéressant. Pour autant, même si les IA sont capables de réflexion, pourrait-elle à l’avenir raisonner et prendre de décisions créatives d’elles-mêmes : “Tiens, aujourd’hui je vais écrire un roman sur tel sujet, en utilisant tel plan, tel ton, tel rythme, tel incipit, en faisant intervenir tels personnages aux profils X, car ça répond clairement au besoin de tels ou tels lecteurs” ? La réponse est oui, sans aucun doute à moyen terme, mais pas pour l’instant. Sans doute parce qu’elle est bridée comme vous le signalez à juste titre (car en attente d’un prompt).