Pour beaucoup d’écrivains, écrire une nouvelle est un excellent exercice stylistique, voire, une expérimentation. Celle-ci prépare à un potentiel futur roman, mais elle n’a pas que ce rôle. En effet, certains auteurs publient régulièrement des recueils de nouvelles. Surtout connue pour sa chute, caractéristique de ce genre, il n’est pas impossible d’en trouver quelques-unes avec une fin plus classique. Lorsqu’une nouvelle est sans chute, elle dépeint alors un moment de vie et figure surtout comme un tableau d’émotions. Cet article vous aide donc à entreprendre la création de votre nouvelle à chute.
Connaître les distinctions entre un roman et une nouvelle
Selon Edgar Allan Poe, théoricien de ce genre, l’intrigue de la nouvelle est entièrement tendue vers une chute. Un roman se distingue d’une nouvelle sur plusieurs points. Contrairement à cette dernière, qui est un récit fictif court, le roman va se prolonger sur un nombre important de pages. Dans le roman, les personnages, par exemple, sont souvent nombreux et viennent de différentes classes sociales. Ici, l’auteur prend le temps de développer leur psychologie tandis que dans la nouvelle, on a surtout affaire à des personnages types. L’intrigue d’un roman est complexe et contient une multitude de péripéties. Pour pouvoir écrire une nouvelle, il est donc important de connaître les critères qui la différencie du roman.
Voici un tableau qui résume leurs différences :
| ROMAN | NOUVELLE | |
| Les personnages | Foisonnants, avec des descriptions détaillées | Peu de personnages. Ce sont souvent des personnages types et peu développés physiquement |
| Le temps | Long qui peut même se dérouler sur plusieurs époques | Durée courte et concentrée |
| L’espace | Des lieux variés | Lieu unique ou lieux limités |
| L’intrigue | De longues péripéties. C’est un récit avec une multitude d’intrigues secondaires | Unique et concentrée autour d’un évènement majeur |
| La fin | Épilogue / Bilan général | Fin courte qui repose sur l’effet de surprise de la chute |
| Le rythme | Une narration lente qui utilise, par exemple, des prolepses ou des analepses | Efficacité narrative en favorisant, par exemple, l’ellipse |
Ne pas croire que l’écriture d’une nouvelle est simple parce qu’elle est courte
En pensant qu’écrire une nouvelle est facile grâce à sa longueur, vous tombez dans un premier piège. Cette idée est évidemment fausse pour plusieurs raisons. Puisque ce genre est court, le lecteur garde tout en mémoire, du début à la fin. Vos erreurs ne font pas exception à la règle, la nouvelle doit donc être parfaite. Son ensemble doit être vérifié au mot près. C’est là toute la difficulté de la nouvelle : l’erreur n’est pas permise. Le lecteur s’arrêtera à toutes vos fautes justement parce que le récit est court. Ce genre est certainement plus rapide à traiter qu’un roman, mais cela ne le rend pas, pour autant, plus facile. Il est nécessaire de soigner votre rédaction du début à la fin. Prenez encore plus votre temps dans l’écriture de l’incipit et de l’excipit.
La nouvelle fait appel à l’intelligence du lecteur. En effet, après une première lecture, celui-ci va relire votre récit afin de trouver les indices qui annonçait la fin de votre histoire. Une nouvelle doit être vécue comme quelque chose de nouveau pour le lecteur. Il doit avoir une impression de jamais vu, d’inédit, lors de la lecture d’une nouvelle. Celle-ci peut sembler dramatique puisque l’auteur doit être capable de maintenir le suspense pour garder l’attention de son lecteur. Votre nouvelle doit être bien équilibrée entre les différentes parties et doit avoir une lecture fluide, une progression logique.
Tout comme un roman, une nouvelle se prépare. Vous devez alors vous demander quelle symbolique vous souhaitez apporter, si vous avez envie de défendre un sujet particulier, etc. Lorsque vous décidez de votre thème, vous devez le tenir tout au long de votre nouvelle. Cela vous aidera lors de la rédaction de votre chute. Pensez aussi à vos personnages, lieux, etc. Vous pouvez aussi vous organiser et structurer la création de votre nouvelle à l’aide d’un plan. Il est important, au préalable, de savoir quelle est votre intention et quel sous-genre vous comptez traiter. Chaque sous-genre ayant ses spécificités, il faut savoir respecter leurs contraintes.
Pour vous aider, voici les principaux sous-genres de nouvelles.
La nouvelle réaliste
Les auteurs cherchent à représenter la réalité telle qu’elle est. Ils se rapprochent du réel grâce à un vocabulaire technique et précis. Les écrivains refusent l’imaginaire et recherche l’objectivité, l’exactitude et le détail. C’est un genre qui s’inspire surtout de faits divers. Les auteurs privilégient le point de vue omniscient qui permet d’être plus ou moins objectif.
La nouvelle fantastique
C’est l’intrusion d’éléments surnaturels dans le monde réel. Le récit oscille constamment entre réel et surnaturel, ce qui cause un doute permanent. Cette incertitude est renforcée par le point de vue interne de la narration qui se concentre sur la perspective d’un personnage. Le doute permanent du lecteur est la condition du fantastique.
La nouvelle contemporaine
Ce genre prend surtout la dimension d’un apologue à visée argumentative. Il peut prendre la forme d’une satire de la société, il peut interroger sur les conditions humaines ou sur l’Histoire, etc.
Tendre toujours la rédaction d’une nouvelle vers sa chute
La chute étant le moment le plus important de votre nouvelle, il est impératif de bien la construire. La fin de cette dernière constitue l’apogée de votre histoire. Vous devez créer l’effet de surprise attendu par le lecteur. Puisque ce dernier sait que votre nouvelle comporte une chute, il faut savoir manipuler votre lecteur afin de rendre votre fin étonnante, soudaine et brutale. Pour écrire une bonne chute, celle-ci ne doit pas tomber par hasard ou être exagérée. Il faut qu’elle soit cohérente par rapport au reste du récit, de sorte que votre fin soit crédible aux yeux du lecteur. Pour cela, tout votre texte doit être tourné vers la chute. Vous allez devoir dissimuler des indices tout au long de votre nouvelle. Cependant, il ne faut pas que votre lecteur les comprenne dès la première lecture. Faites aussi attention à ce que vos indices soient, tout de même, compréhensibles pour le lecteur au moment de sa relecture. Il est donc essentiel de savoir doser pour obtenir une chute crédible. Elle doit sembler évidente pour le lecteur. Lors de sa deuxième lecture, il doit déceler un sens nouveau à vos mots.
Pendant l’écriture de votre nouvelle, vous devez toujours garder votre fin en tête. L’incipit, tout comme le corps de votre texte, doit être pensé selon votre chute. Ainsi, cette dernière doit forcément être liée à votre intrigue. Dans une nouvelle, il est important de jouer sur les rythmes pour capter l’attention du lecteur. En créent du suspense, vous mettez de l’intensité dans votre texte. Puisque votre rédaction doit être dirigée vers la chute, il faut donc maintenir une tension dans votre récit tout en restant concis. Pensez à garder uniquement les informations qui servent à votre fin. Ne conservez que l’essentiel puisque tout ce qui est inutile à votre intrigue vient alors couper le rythme de votre nouvelle. Si vous intégrez à celle-ci des éléments non nécessaires, vous interrompez l’effet de surprise de votre chute.
Pensez aussi à vous relire. Cette étape est indispensable puisqu’elle vous permet de vérifier la cohérence de votre texte. Vous pourrez corriger les fautes et polir votre rédaction à la perfection.
