La traduction littéraire, bien plus qu’un simple transfert de mots, est un acte de création qui façonne les relations culturelles et politiques mondiales. En transformant des œuvres d’une langue périphérique vers une langue centrale, les traducteurs et éditeurs ouvrent des portes à une reconnaissance internationale, influençant ainsi les dynamiques entre pays. Ce processus, soutenu par des prix littéraires et des agents culturels, enrichit notre compréhension mutuelle et diversifie les catalogues éditoriaux. Pour les maisons d’édition, publier des traductions est non seulement un gage de qualité, mais aussi une opportunité commerciale stratégique. Découvrez comment la traduction littéraire peut transformer le paysage éditorial et culturel.
Le traducteur littéraire et le traducteur technique
Tout d’abord, différencions le « traducteur littéraire » du « traducteur techniques » : le traducteur littéraire est celui qui traduit des livres publiés par une maison d’édition ; tandis que le traducteur technique traduit toutes sortes de notices (le mode d’emploi, fiche technique d’un objet fabriqué dans un pays étranger, etc.). Le traducteur littéraire est donc un véritable auteur : il procède à un transfert culturel et se pose la question de la retraduction (par exemple : les œuvres classiques) avec la traduction moderne et vieillie. Une œuvre littéraire n’est pas censée vieillir mais la traduction est vouée à ce vieillissement du fait de sa nature (avec les langues et les contextes historiques qui évoluent). Selon la législation française, il s’agit d’un acte de création. La traduction est un processus très ancien : on a voulu rendre les œuvres de l’Antiquité plus accessible (Odyssée et Iliade de Homère, Œdipe Roi de Sophocle), mais également les textes sacrés tels que la Bible et le Coran. Néanmoins, les traducteurs d’autrefois étaient davantage des adaptateurs : on faisait face à des réécritures parfois très rapides du texte d’origine. Ainsi, la tendance actuelle pour les éditeurs modernes est d’être le plus fidèle possible au texte original, au point où les traducteurs et éditeurs introduisent quelquefois des éléments qui font échos à la langue d’origine. En France, le travail éditorial, concernant les traductions, est très méticuleux : nous ne sommes plus dans l’adaptation ou l’assimilation. Le lectorat français est habitué à lire des œuvres traduites et il le sait. Alors, comment cela se fait-il que la traduction soit aussi introduite dans les catalogues de nos maisons d’édition françaises ? Quels en sont les enjeux pour les éditeurs ? Quelles en sont les avantages ?
Les enjeux politiques entre les pays
La traduction littéraire est une arme diplomatique et de reconnaissance : le fait de traduire une langue périphérique (une langue que l’on traduit le moins) dans une langue centrale (une langue qui donne le plus de traductions comme l’anglais, le français et l’allemand). Un auteur qui se fait traduire dans une langue centrale constitue une consécration et cela modifie sa position dans son champ d’origine : ce sont donc les éditeurs et les traducteurs – principalement – qui possèdent le pouvoir de donner cette reconnaissance aux auteurs étrangers. Cependant, en quoi cela concerne vraiment les relations politiques entre les pays ? Un traducteur va généralement choisir de traduire une œuvre pour plusieurs raisons telles que différentes réalités historiques pour pouvoir ainsi les adapter, les comparer entre elles. Le traducteur s’inscrit, par conséquent, dans un rapport de force entre un groupe culturel et un autre. La traduction adopte une posture idéologique – comme l’écrit Louis Jolicoeur dans Traduction littéraire et diffusion culturelle : entre esthétique et politique (2010) : la traduction est politique, affrontements, manipulation, voire subversion. Le traducteur et, par extension, l’éditeur venteraient leur propre culture grâce à la traduction d’une langue périphérique, notamment.
L’enjeu des échanges culturels
La traduction littéraire permet donc des échanges culturels grâce aux institutions culturelles, aux maisons d’édition (éditeur, traducteur), aux agents littéraires, aux critiques littéraires ou même aux revus qui présentent une littérature nationale à l’étranger. Cela permet la favorisation de la traduction de la production littéraire d’un pays, dont la langue est périphérique, dans une langue centrale (Heilbron & Sapiro, Actes de la recherche en sciences sociales, 2002). Les prix littéraires, également, participent à ces échanges culturels : si un titre est lauréat d’un ou plusieurs prix, il sera presque automatiquement traduit dans plusieurs pays (principalement aux langues centrales) : il s’agit donc d’un intermédiaire culturel qui permet généralement de découvrir ou redécouvrir de nouvelles cultures d’autres pays, continents. Cette émergence des échanges culturels à travers la traduction littéraire a permis l’émergence de spécialistes du commerce du livre traduit comme des maisons d’édition indépendantes, le service des droits étrangers, les agents littéraires… (Sapiro, Translatio, 2008) La libéralisation des échanges culturels, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, tente de mettre dans l’ombre les enjeux politiques au profit des acteurs économiques.
L’enjeu commercial de la traduction
Justement, en parlant des acteurs économiques : passons maintenant au marché international du livre, c’est-à-dire l’enjeu commercial pour les éditeurs – qui semble être l’enjeu plus imposant. Un éditeur décide de publier des traductions littéraires, car ces titres ont déjà été publiés dans leur pays d’origine et ont déjà fait leurs preuves. L’éditeur peut donc demander à un ou plusieurs traducteurs avec lesquels il travaille afin de pouvoir publier le titre dans son propre pays et dans sa langue. Mais cela ne se passe aussi facilement, évidemment. Il y a la question des droits d’auteur étrangers, le prix de vente, etc. C’est ainsi que plusieurs pays, notamment les Etats-Unis, ont développé un nouveau type d’acteur éditorial – que nous avons déjà évoqué précédemment : les agents littéraires. Ils mettent en relation l’éditeur du pays d’accueil et l’auteur et l’éditeur étrangers. Les agents littéraires tiennent compte de la concurrence dans le pays d’accueil, car ils connaissent très bien les deux champs. Leur rôle est très important. Cependant, les agents littéraires ne sont pas très répandus en France. Néanmoins, les instituts de traduction prennent de plus en plus ce rôle d’agent littéraire. En effet, les services destinés à promouvoir les cultures nationales à l’étranger travaillent étroitement avec les acteurs du marché, les éditeurs et les agents littéraires (quand il y a en a dans le ou les pays concernés). Mais beaucoup d’éditeurs font le choix de ne pas passer par ce genre d’institution et/ou les agents littéraires et s’adressent directement aux auteurs et aux critiques littéraires. (Sapiro, Translatio, 2008) Entre 2007 et 2008, la moitié des traductions étaient en anglais – une langue que l’on appelle hyper-centrale ; ensuite, nous avons le français, l’allemand et le russe qui représentaient entre 10% et 12% du marché mondial ; enfin des langues telles que l’espagnol et l’italien représentaient environ 1% et 3% du marché mondial du livre traduit – dans une position de langue semi-périphérique. Finalement, pour une maison d’édition aux faibles moyens et ressources financières et culturelles, la traduction littéraire devient un moyen d’accumuler du capital symbolique.
La réception de la littérature traduite
Le terrain d’arrivée du livre traduit n’est jamais neutre ou vierge, on a toujours des idées préconçues dont le lectorat d’accueil va recevoir une œuvre étrangère. C’est comprendre le rôle des instances de consécrations, c’est-à-dire la façon dont un pays d’accueil essaie d’introduire un auteur ou une œuvre en dehors du livre lui-même – notamment grâce aux prix littéraires, aux revues, etc.). Il y a aussi le champ académique : la façon dont les institutions accueillent une traduction. Quand un traducteur traduit une œuvre dans une langue centrale, elle bénéficie d’une reconnaissance internationale – par ailleurs, le prix Nobel n’existerait pas sans les œuvres traduites. Inversement, quand une œuvre est primée par le prix Nobel de la Littérature, elle est immédiatement traduite dans toutes les langues (centrales et périphériques). Tous ces facteurs dont qu’une œuvre connaît le succès (ou non) sur un territoire d’accueil. En tout cas, publier une traduction est – presque – toujours à l’avantage de l’éditeur d’une maison d’édition, d’autant que les coûts de traduction pourraient baisser significativement du fait ces progrès rapides de l’IA (Intelligence Artificielle). Si vous êtes éditeur ou que vous souhaitez l’être un jour, voici un article qui vous donnera diverses clefs afin de diversifier vos revenus en tant qu’éditeur – quelque soit votre statut (à compte d’éditeur ou à compte d’auteur).

merci pour votre article.post trés util.