Autoédition : faut-il se laisser tenter ?

Je m’appelle Sandrine. J’ai 37 ans. J’écris depuis que je suis adolescente. J’ai commencé par des poèmes, puis des paroles de musique avant de me lancer dans mon premier roman. Quelques années plus tard, je tenais en main une œuvre magistrale que je me suis empressée de proposer aux maisons d’édition les plus prestigieuses ! Résultat, j’ai fait un bide. Personne n’en voulait. Pas assez ci, pas assez ça… Je pense que personne ne voulait publier une énième histoire d’amour, pas si originale et magistrale que ça. Il me restait deux possibilités : laisser dormir mon texte dans le tiroir de mon bureau ou basculer du côté de l’autoédition – le côté sombre de la force pour certains.

Rien à espérer des éditeurs à compte d’éditeur

Une véritable claque dans la figure. Un an après avoir envoyé mon manuscrit à quinze maisons d’édition, neuf m’ont répondu par la négative, arguant en deux lignes que mon roman n’entrait pas dans leur ligne éditoriale, malgré tout l’intérêt de mon œuvre magistrale – bla bla bla, sortez les violons – quatre ne m’ont pas répondues, une s’est plainte de recevoir 100 textes par jour, en ponctuant sa phrase de dix points d’exclamation, et une seule s’est donnée la peine de m’expliquer la vérité avec des pincette. Pour résumer, ma romance était gentillette mais pas assez mâture à leur goût ; leur conseil était de tout reprendre à zéro pour la bonifier. Si j’étais rentière, j’aurais suivi leur conseil à la lettre, mais entre mon travail et mon enfant de 2 ans, je n’avais pas une minute à moi. J’avais déjà mis 4 ans à écrire mon roman, à raison de 3 ou 4 heures d’écritures hebdomadaire, je ne m’imaginais pas recommencer. Je n’en avais pas le courage.

Les éditeurs à compte d’auteur sont nos amis

Alors j’ai fait comme tous les auteurs recalés par les grosses maisons parisiennes : j’ai tapé sur internet : « comment publier son premier roman ». Lorsque j’ai vu le nombre de résultats de recherche – près de 7 millions – j’ai compris que je n’étais pas la seule à me poser cette question ! Ce qui m’a frappé, c’est le nombre de conseils donnés par des pseudos spécialistes qui n’ont jamais publié un livre en librairie. Etrange. Heureusement, certains blogs et forums donnaient de vraies infos, des noms de maisons d’édition spécialisés de la découverte des talents de demain. Ça tombe bien, je suis LE talent de demain ! C’était repartis pour une fournée de quinze envoie à des éditeurs divers et variés, qui m’étaient totalement inconnus mais ouverts aux œuvres magistrales écrites par des inconnus. Résultat, j’ai reçu 10 réponses positives en moins de 3 mois ! Certaines maisons m’envoyaient même des contrats directement, sans même me passait un coup de téléphone. On s’arrachait mon roman, c’était dingue. Un dimanche, j’ai pris le temps d’éplucher les contrats. A ma grande surprise, certaines maisons d’édition me demandaient jusqu’à 5000 € pour publier mon livre ! C’est ce qu’on appelle les maisons d’édition à compte d’auteur, je l’ai compris trop tard. Plus étonnant encore, d’autres maisons, à compte d’éditeur cette fois, me demandaient une commande minimale d’impression d’une centaine de livres. Du compte d’auteur déguisé quoi !

L’autoédition, une roue de secours honorable ?

J’ai arraché tous ces contrats, balancé mon roman dans le tiroir de mon bureau et me suis concentré pleinement dans ma vie de maman active. C’est lors d’un nettoyage de printemps, quelques années plus tard, que mon mari est tombé sur mon roman. Je ne l’avais jamais mis dans la confidence. Pour lui, j’écrivais un journal intime, pas une « romance pour ado » comme il s’en amuse. Je pensais qu’il allait se moquer de moi ou qu’il me conforterait dans ma décision de le laisser là, dans ce tiroir. Mais pas du tout. Il a tapé sur Google « Comment publier son livre sans éditeur ? ». Et là, 14 millions de résultats, avec un mot qui revenait sans cesse : « Autoédition ». Certains articles mentionnaient une solution miracle, quand d’autres fustigeait cette voie de garage. Certains internautes y voyaient l’ultime alternative quand d’autres y voyaient le diable incarné. Plus les articles étaient récents, moins les avis étaient tranchés ; ce qui paraissait être une démarche en marge dans les années 2000, se démocratisait dans les années 2010 et devenait une alternative comme une autre pour publier son livre à partir de 2020.

Autoéditer son livre seule, la fausse bonne idée ?

Avec un travail de comptable et un mari agent immobilier, autoéditer mon livre seule m’effrayait car ni lui, ni moi n’avions les compétences requises. Dans un premier temps, il fallait corriger toutes les fautes, puis mettre en page le livre (avec quel logiciel ?) et créer la couverture (avec quel logiciel ?). Une fois fait, je devais encore trouver un imprimeur et démarcher les libraires, avant d’annoncer en grande pompe la sortie de mon livre ! Bref, un travail de commercial spécialiste du marketing que je n’étais pas. Heureusement, une fois encore j’ai pu compter sur la relation privilégiée entre mon mari et Google « comment se faire accompagner pour autoéditer son livre ? ». Quoi ? Seulement 12000 résultats ? C’est louche mais logique avec le recul. Depuis une dizaine d’années des structures fleurissent pour aider les auteurs en mal d’autoédition. Certains géants, comme Amazon, Lulu et quelques sociétés françaises proposent des plateformes gratuites mais pas franchement accessibles aux non initiés. En plus, les livres sont vendus exclusivement sur leurs plateformes. D’autres proposent des services en tout genre, payants cette fois, mais les témoignages d’auteurs ne me rassuraient pas toujours. Et puis finalement, à force d’en parler autour de moi, un ami m’a parlé de Youstory, une petite boite indépendante française qui chouchoute ses auteurs et fait du bon boulot. L’aventure pouvait continuer (cela fera l’objet d’un prochain article) et aujourd’hui, quelques mois après avoir publié mon premier roman en librairie, je ne le regrette pas. C’est même un aboutissement inespéré !

À suivre. Sandrine.

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