Les chiffres clés de l’édition de livres en 2019 en France

Qui a dit que l’édition se portait mal en France ? Avec un recul estimé à seulement 2% pour 2020 (source actualitte.com), l’édition est un secteur relativement stable, bien aidé, il est vrai, par la pandémie du Covid-19 durant laquelle les lecteurs se sont rués sur les derniers bestsellers. En observant les chiffres publiés en 2020 par le SNE (Syndicat National de l’édition) et l’observatoire de l’économie du livre, on observe la même tendance : en 2019, l’édition représentait toujours une activité lucrative pour certains de ses acteurs. Synthèse.

Les éditeurs se portent bien

Le chiffre d’affaires des éditeurs a connu une hausse de 5% en 2019 pour atteindre 2 665,1 millions d’euros (vente de livres et cessions des droits confondus). Si la cession des droits a diminué de près de 3%, elle est largement compensée par la hausse des ventes de livres (+ 5,5% par rapport à 2018). Le catalogue de livres des éditeurs connait lui aussi une hausse, passant de 106 799 titres publiés en 2018 à 107 143 titres en 2019.

Parmi ces éditeurs, 1650 proposaient un catalogue de livres numériques pour 376 251 titres disponibles à la vente. Le chiffre d’affaires des ventes de livres numériques représentait 8,7% du chiffre d’affaires total des ventes de livres des éditeurs, c’est-à-dire 232,3 M€. Ce segment a connu une belle progression (9,2%), porté par les ventes de manuels et de livres scolaires du fait de la réforme du baccalauréat (6,27% du total des ventes). A titre de comparaison, la littérature générale numérique représentait sur la même période 5,21%, des ventes.

… Et versent plus de droits d’auteurs.

Avec l’augmentation des ventes de livres (435 millions en 2019 contre 419 millions en 2018, soit une hausse de 3,8 %), les droits d’auteur versés ont mécaniquement progressé de 2,23% par rapport à 2018 pour atteindre 477,3 millions d’euros (contre 466,8 M€ en 2018).

Les auteurs reconnus et les grosses licences se payent toujours la part du lion puisque Astérix, la fille de Vercingétorix s’est vendu à 1,5 millions d’exemplaires, les deux livres de Guillaume Musso approchent les 400 000 ventes, tout comme Sérotonine de Michel Houellebeck, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon de Jean-Paul Dubois (Goncourt 2019) et Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin.

Lorsqu’on sait que la moitié des auteurs publiés gagnent moins de 1000€ par an de dividendes sur les ventes de leurs livres, le fossé continue de se creuser.

Chiffre d’affaires des éditeurs en hausse : les raisons

Selon le rapport statistiques 2020 du SNE, le chiffre d’affaires des éditeurs est passé de 2 670 millions en 2018 à 2 806 millions d’euros en 2019. Plusieurs facteurs expliquent cette progression malgré la concurrence indirecte toujours accrue des séries télé, jeux vidéo et réseaux sociaux, qui impactent de plus en plus le temps consacré à la lecture de livres :

  • La refonte des manuels scolaires du programme du baccalauréat (comme en 2016 et 2017 avec les manuels du collège).
  • La rentrée littéraire qui a porté une hausse des ventes du segment littéraire de 0,7%.
  • La bande-dessinée qui connait un essor constant (+11%), ainsi que les livres jeunesse et les livres pratiques.
  • L’édition numérique qui poursuit sa progression.

Seule ombre au tableau : la cession des droits a diminué de 2,9% (cessions vers le poche, le club, en traduction ou en adaptation audiovisuelle)

Le boum des ventes des livres scolaires et des bandes dessinées

Avec près de 571,8 M€ de chiffre d’affaires en 2019, la littérature reste de loin le premier segment en matière de part de marché de ventes de livres (21,5% des ventes de livres). Derrière, le secteur des livres scolaires a connu un véritable boum grâce à la réforme du Baccalauréat et de la voie professionnelle, passant de la 4e à la 2e place, avec un chiffre d’affaires de 387,8 M€ (+35,9% entre 2018 et 2019). Le secteur des sciences humaines et sociales connait une hausse également, de l’ordre de 3,2% pour atteindre 380,5 M€ de CA. Le secteur jeunesse n’est pas en reste (+1% / 351,2 M€ de CA), talonné par les livres pratiques (+0,6% / 340,7 M€ de CA). Les ventes de bandes dessinées ont elles augmenté de plus de 11%, notamment grâce à la sortir du dernier album d’Astérix, pour parvenir au chiffres d’affaire record de 307,3 millions d’euros en 2019.

Au niveau du numérique, le poids de l’édition professionnelle et universitaire représente 70,5% du total des ventes, la littérature numérique se contentant de 13% du total des ventes ! Les livres pratiques, les documents, essais et actualité ont réalisé de bonnes ventes en 2019.

Du côté du livre audio, aucune statistique fiable et représentative ne permet de mesurer le volume du marché. Le SNE constate simplement que de plus en plus d’éditeurs pénètrent ce secteur, leur catalogue ne cessant de s’élargir, tandis que le réseau de distribution se consolide.

Et l’auto-édition dans tout ça ?

Les statistiques du marché de l’autoédition restent toujours aussi floues. On peut seulement noter que :

  • En 2018, plus de 2,5 millions français souhaitaient publier leurs manuscrits (pour 5 millions de titres au total).
  • En 2019, l’autoédition, l’impression à la demande et l’édition à compte d’auteur représentaient 20% du dépôt légal des titres imprimés en France (1 livre sur 5 soit environ 15000 titres) selon la Bibliothèque nationale (BnF), contre 10% en 2010.
  • L’autoédition représentait 6% du total, mais ce chiffre montait à 45% concernant les primo-déposants (le dépôt légal des livres numériques et audio n’étant pas obligatoire, ce pourcentage doit être en réalité bien plus élevé).
  • Aucune étude officielle ne vient le démontrer mais le nombre de titres autoédités en France en 2019 aurait atteint 50 000 titres (versions brochés, numériques et audio confondu), soit un chiffre aussi élevé que le nombre de romans écartés par les éditeurs à compte d’éditeur.

Enfin, selon une étude BoD publiée en 2019, voici le montant qu’auraient gagnés les auteurs autoédités sur les ventes totales de leurs livres :

  • plus de 40000 € de dividendes pour 4% des auteurs,
  • plus de 5000 € pour 14% des auteurs,
  • moins de de 500 euros pour 70% des auteurs.

Voilà qui donne de l’espoir aux écrivains en herbe souhaitant autoéditer leur livre mais qui rappelle une vérité difficile à accepter : vivre de sa plume est réservé à une poignée de chanceux.

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