Autoédition : ça peut rapporter gros ?

Depuis une dizaine d’années, l’autoédition s’impose dans le cœur des auteurs comme une alternative crédible à l’édition traditionnelle. Si elle leur permet d’avoir une présence en librairie et, par ricochet, une plus grande visibilité pour taper dans l’œil d’un éditeur, elle leur offre surtout l’assurance de conserver l’intégralité des droits sur leur œuvre et de toucher un plus gros pourcentage sur les ventes. C’est ce dernier point qui nous intéresse dans cet article. Certains acteurs de l’édition affirment que l’autoédition peut rapporter gros. D’autres semblent plus réservés. Qui dit vrai, qui dit faux ? Je vais trancher la question.

Les dividendes sur les ventes dans l’édition

Vous réfléchissez actuellement à la possibilité d’autoéditer votre livre. Des milliers de questions vous traversent l’esprit pour mesurer si oui ou non l’autoédition est LA bonne solution parmi lesquelles l’épineuse question des dividendes sur les ventes. Les « divi-quoi » ? Les dividendes, c’est-à-dire les droits d’auteur (ou revenus d’auteur) que vous toucherez sur les ventes de livres. Pour rappel, chez les principaux éditeurs à compte d’éditeur, les auteurs touchent en moyenne 5 à 6% de dividendes sur les ventes, c’est-à-dire un peu plus de 1€ pour un livre broché vendu 20 € dans le commerce. Chez les éditeurs plus modestes, le pourcentage peut s’élever entre 10 et 12%, soit 2€ environ pour un livre broché vendu 20 €. Ce pourcentage se négocie lors de la signature du contrat d’édition et le pourcentage de gains dépend souvent des volumes de ventes (6% pour moins de 500 ventes, 7% entre 500 et 1000 ventes, 8% pour plus de 1000 ventes, etc.).

Dans une étude parue en 2018, le ministère de la Culture rapportait que les éditeurs avaient reversés en 2016 à leurs auteurs la somme de 468 millions d’euros, ce qui fait un peu plus de 5000€ en moyenne sur la base des 88000 auteurs recensés cette année-là. Évidemment, d’un auteur à un autre, les disparités sont énormes. Pendant que les noms les plus connus touchent souvent plus de 100 000 € par an, les moins connus doivent se contenter d’à peine 1000 €.

Les dividendes sur les ventes dans l’autoédition

Lorsqu’un auteur opte pour l’autoédition les règles du jeu changent. Plusieurs cas de figures sont possibles :

  • Théoriquement, je dis bien théoriquement, un auteur autoédité qui prendrait lui-même en charge l’intégralité des étapes d’impression, de distribution et de diffusion, sans passer par un quelconque intermédiaire (imprimeur et libraire) touchera 100% de dividendes sur les ventes de son livre. Sur le papier, c’est bien joli, mais dans la réalité ce scénario reste rare car il revient à se tirer une balle dans le pied ; l’autoédition peut rapidement coûter cher puisque l’auteur devra imprimer son livre lui-même (cela à un coût) et vendra son livre exclusivement dans son entourage et via son site web personnel (qui coûte de l’argent aussi). Autant dire que les ventes resteront confidentielles.
  • Par conséquent, les auteurs les plus sensibles aux nouvelles technologies ccommercialisent leurs livres sur des librairies en ligne comme Amazon KDP ou Kobo, acceptant de leur laisser généralement 30% à 40% des dividendes sur les ventes, selon le format (numérique ou broché), l’auteur se contentant de 70% (oui, je suis à l’aise en mathématiques). La procédure de publication en ligne est loin d’être facile, la marge de l’auteur baisse d’un tiers mais la visibilité des livres est meilleure même si elle se concentre sur une seule librairie.
  • Tous les auteurs n’étant pas fans d’Amazon ou rompus aux nouvelles technologies, un sur cinq fait le choix de confier la publication de son livre à une plateforme d’autoédition, appelée aussi maison d’autoédition ou autoéditeur. Le principe est simple : l’auteur envoie son manuscrit et n’a plus qu’à attendre que son livre soit commercialiser en librairie. Ce service a évidemment un coût fixe mais le livre aura une visibilité exceptionnelle (des milliers de sites web, enseignes culturelles, grandes surfaces et librairies de quartier). Les dividendes sur les ventes (droits d’auteurs ou revenus d’auteurs) varient d’une plateforme à une autre : généralement entre 20 et 70%, selon le canal de vente et le format du livre (numérique ou broché).

L’autoédition rapporte beaucoup d’argent

À vos calculatrices :

  • L’édition à compte d’auteur rapporte 1 à 2€ par livre en moyenne pour un livre vendu 20 €.
  • L’autoédition intégrale rapporte 20 € pour un livre vendu 20 €.
  • L’autoédition sur KDP ou Kobo rapporte 8€ pour un livre vendu 20 €.
  • L’autoédition via une plateforme spécialisée peut rapporter jusqu’à 10€ pour un livre vendu 20 €.

Fort de ce constat, nombreux sont les acteurs du marché à affirmer que l’autoédition peut rapporter gros, exemples fascinants à l’appui ! Tel auteur a vendu 40 000 exemplaires de son livre sur KDP, tel autre en a vendu 20 000 grâce à une plateforme d’autoédition ! Imaginez les sommes folles que ces auteurs ont touchées ! 320 000 € pour l’auteur qui a publié son bestseller sur KDP, 200 000€ pour celui qui a confié sa publication à une maison d’autoédition. Le rêve quoi ! Sur le papier…

L’autoédition ne rapporte rien

À contrario, les acteurs de l’édition traditionnelle se montrent plus réservés. Sans diffusion, pensent-ils, un livre autoédité n’a aucune chance de se vendre puisqu’il ne sera pas sur les étals des librairies. Seul les Albin Michel, Flammarion, Gallimard et consorts peuvent prétendre vendre des bestsellers à plus de 100 000 exemplaires par an grâce à une force commerciale phénoménale capable de se rendre chez chaque libraire pour les convaincre de mettre en avant leurs nouveautés. Sans diffusion, un livre n’existe pas. Par conséquent, un livre autoédité n’existe pas. Et si un livre n’existe pas, il ne se vend pas et ne rapporte rien. Logique, non ?

Éditeur et autoéditeur, qui dit vrai ?

Vous l’avez deviné, chaque acteur du marché de l’édition prêche pour sa paroisse.

  • Les KDP, Kobo et autres maisons d’autoédition font miroiter de grands espoirs aux auteurs pour recruter de nouveaux clients. Simple logique mercantile. Les succès sont possibles en autoédition mais en réalité ils concernent une poignée d’auteurs en France, disons quelques dizaines ces dix dernières années (pour être sympa). Dans 90% des cas, il s’agit d’auteurs ayant remporté des prix littéraires et les 10% restants sont soutenus officieusement par les plateformes d’autoédition pour faire la promotion du secteur. Faites le calcul : si vous prenez le nombre de titres autoédités en France, vous avez presque autant de chances d’autoéditer un bestseller que de gagner au Loto. Mieux vaut ne pas s’autoéditer dans l’optique devenir un auteur riche et célèbre.
  • Les éditeurs pestent contre l’autoédition car elle lui fait progressivement de l’ombre. Ceux-là ont tout intérêt à minimiser les performances des titres autoédités pour conserver les faveurs des auteurs. Publier un livre chez un éditeur traditionnel est considéré comme un Graal, n’est-ce pas ? Alors cela doit le rester. En publiant leur livre chez un éditeur, les auteurs touchent moins de dividendes sur les ventes mais ils vendent plus, ce qui compense largement. C’est le discours affiché. Rappelez-moi simplement combien d’auteurs anonymes sont publiés chez les grands noms de l’édition chaque année ? Et combien de livres vendent réellement les auteurs publiés par de petits éditeurs ?

Combien ça rapporte vraiment l’autoédition ?

Une étude américaine publiée par BoD en 2019 nous apporte une réponse relativement fiable*. BoD est un géant de l’autoédition aux Etats-Unis mais les chiffres présentés semblent assez réalistes, sachant que les lecteurs outre-Atlantique semblent plus ouverts à découvrir des titres autoédités que les lecteurs Français.

Voici le montant qu’auraient gagné les auteurs autoédités sur les ventes totales de leurs livres :

  • 4% des auteurs auraient gagné plus de 40 000 €.
  • 14% des auteurs auraient gagné plus de 5 000 €.
  • 70% des auteurs auraient gagné moins de de 500 euros.

NB : ce qui signifie que 12% des auteurs auraient touché entre 500 et 5000 €, ce qui constitue un écart assez important et donc peu représentatif.

On voit bien que, si l’autoédition donne une possibilité infime de s’enrichir, elle se révèle néanmoins un bon complément de revenus.

Ces chiffres issus des USA ne parviennent pas à vous convaincre ? Soit. Essayons de calculer les dividendes sur les ventes d’un livre vendu 20€ en fonction du nombre d’exemplaires vendus (données fictives mais réalistes) et de le comparer selon la méthode de publication choisie.

En moyenne, ce que gagne un auteur chez un éditeur à compte d’éditeur

  • Pour 50 % des auteurs, vous vendrez moins de 300 exemplaires de votre roman, soit un montant maximum de dividendes s’élevant à 360 € bruts** environ.
  • Pour 50 % des auteurs, vous vendrez moins de 1000 exemplaires de votre roman, soit un montant maximum de dividendes s’élevant à 1200 € bruts environ.
  • Pour 1 % des auteurs, vous vendrez plus de 2 000 exemplaires, c’est-à-dire un montant minimal de 2000€ bruts.

En moyenne, ce que gagne un auteur chez un autoéditeur

  • Pour 50 % des auteurs, vous vendrez moins de 100 exemplaires de votre roman, soit un montant maximum de dividendes s’élevant à 1000 € bruts environ.
  • Pour 50 % des auteurs, vous vendrez moins de 300 exemplaires de votre roman, soit un montant maximum de dividendes s’élevant à 3000 € bruts environ.
  • Pour 1 % des auteurs, vous vendrez plus de 700 exemplaires, c’est-à-dire un montant minimal de 7 000€ bruts.

Ces chiffres sont évidemment approximatifs mais ils soulèvent un constat limpide : même si vous vendez trois fois moins d’exemplaires de votre livre en optant pour l’autoédition, vous toucherez trois fois plus de dividendes sur les ventes.

Par conséquent, et n’en déplaise à certains (beaucoup ?), on peut affirmer que l’autoédition ne rapporte pas très gros mais ça rapporte bien plus que l’édition à compte d’éditeur.

*Aux Etats-Unis, le marché de l’autoédition est bien plus développé qu’en France. De véritables études y sont menées pour décrypter les tendances, ce qui n’est pas le cas en France où le marché met plus de temps à se démocratiser.

** Les éditeurs et autoéditeurs versent aux écrivains des de droits d’auteurs net, déduction faite de la TVA et des charges sociales (près de 10% cumulé du montant brut). Les autoéditeurs peuvent également verser des revenus aux écrivains qui doivent ensuite les déclarer en BIC ou en BNC.

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